UN GIRO DI LOMBARDIA

 

 

Entre apéro, barbecue, repas, gâteau et Prosecco, j’ai suivi cette nouvelle étape du coin de l’œil. Il y avait presque toute la famille à la maison pour l’anniversaire de Louna. Il a fallu me battre pour garder la télé allumée alors que les cadeaux arrivaient, ma fille ne voyant pas en quoi cette arrivée du Giro était importante. Autant dire que je n’ai pas été entièrement concentré, même si, nous nous sommes tout de même imposés pour vivre l’arrivée - mon pére, mon frère, mon beau-père et moi. J’adore ces moments partagés devant un évènement sportif, nos commentaires plus ou moins avisés, nos réactions impulsives devant le spectacle. J’ai des tas de souvenirs de ces repas familiaux où le sport s’invite à nos tables. Je me rappelle de ma communion, d’une table pleine, et de la télé allumée qui diffuse la finale de Roland-Garros 1984. Pour nous, des italiens peu portés sur le tennis, ce match de légende était devenu hypnotique. Et par le jeu des tendances politiques, la remontée de Ivan Lendl le tchèque, face à John McEnroe le « riquain », avait été chaudement saluée. Je ne parle même pas des grandes soirées football devant la Nazionale, avec tous les excès que cette équipe nous inspire. Le vélo fait également partie de cette "culture familiale" et cette étape annonçait une belle bagarre.

 

Le final épousait celui du Tour de Lombardie, la belle classique des « feuilles mortes » qui s’achève dans la belle ville de Bergame,  laissant espérer une course de mouvement. Nous avons été servis. Cette quinzième étape s’est transformée en véritable classique, avec son lot de rebondissements : attaques, chutes, contre-attaques, une vitesse ahurissante, les meilleurs à l'avant et un beau vainqueur. Les trois premières heures de course, les athlètes se sont déchainés. Plus de cinquante de moyenne, qui fera dire à Pinot qu’il avait rarement vécu étape si rapide. Il fallait une sacrée persévérance pour s’extirper du peloton, et quand la chose fut faite, même la trêve des besoins naturels avait du mal à être respectée. On vit à l’avant le maillot cyclamen de Gaviria. Le colombien, euphorique, se permis de faire un peu de zèle aux sprints intermédiaires pour gagner quelques points, car ni Greipel, ni Ewan, ne verront Milan. A moins d’un accident, ou d’un jour sans sanctionné d’un hors délai, Gaviria ramènera le maillot chez lui.  Il restait ces deux cols pour terminer l’étape, et l’on guettait un mouvement des favoris.

 

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Dumoulin n’avait plus que deux équipiers devant ses roues, mais personne ne semblait vouloir secouer le cocotier. Mauvaise langue, je pensais que le contre de Pierre Rolland allait une fois de plus être un coup d’épée dans l’eau, mais quand Luis Léon Sanchez lui emboîta le pas, leur action pris de la consistance et il ne leur manqua pas grand-chose pour concrétiser. La course naviguait dans des paysages verdoyants, où l’éclat du printemps était total. Le Miragolo San Salvatore était sublime. Une petite route, des virage amples qui zigzaguent dans des prairies au milieu de maisons fleuries, un arrière plan montagnard, un véritable appel à pédaler. Les bas-côtés de la route se garnissaient d’un public toujours plus nombreux. Les bergamasques sont des passionnés de la petite reine, et en ce dimanche où la course rendait hommage à Felice Gimondi, un enfant de Bergamo, ils étaient au rendez-vous.

 

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La course devenait folle quand dans la descente du Miragolo, Quintana s’étala dans les graviers et vint heurter la glissière de sécurité. Moment de flottement, le colombien se retrouvait seul, à l’avant on comprit vite ce qu’il lui arrivait. D’un signe Dumoulin demanda aux siens, et aux autres, de stopper l’effort. Le débat commença dans les rédactions, mais aussi chez nous. Fallait-il être grand seigneur devant ce fait de course ? L’autre jour, dans les Abruzzes, les Movistar n’ont pas stoppé leur approche du Blockhaus alors que tous les Sky et Adam Yates étaient à terre à cause d’une moto. On peut souligner le geste de Dumoulin, y aura-t-il matière à le regretter ?

 

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A l’avant, Pierre Rolland et Luis Léon Sanchez menaient la danse avec les rescapés du jour Mollard, Deignan et Van Regensburg, moins d’une minute d’avance devant un peloton mené par les Orica Scott de Adam Yates. Les Barhain en embuscade, les Sun Web en retrait, et Quintana de nouveau bien au chaud et invisible dans l’œil du cyclone.
Le Selvino, petit mamelon qui précède une descente sinueuse et technique vers Bergame est avalé dans le même ordre. Le public envahit la route, et les coureurs se frayent un passage en file indienne dans cette marée humaine. Il y avait une ferveur encore jamais ressentie depuis le départ du Giro. Le public devenait acteur et les encouragements fusaient, les spectateurs devenait supporters.

 

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Une certaine frénésie gagnait la course, on sentait bien une grosse nervosité au sein du peloton. Les cinq dévalaient les lacets du Selvino. Le français Elissonde et l’italien Formolo sont allés tâter du muret. Sans trop de dégâts. A quelques kilomètres de Bergame, les échappées n’avaient plus qu’une poignée de secondes d’avance. Peu, mais c’était jouable. Pour Kangert, le Giro se terminait dans les faubourgs de la cité. Il ne put éviter un îlot directionnel et prit de plein fouet un panneau. Soleil et coude cassé.

 

 

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On apercevait alors les tours de la Città Alta. Le Giro basculait dans ce qu’il peut offrir de plus beau, une arrivée baroque, un strappo capable de franchir les 12% et cette image sensationnelle du peloton qui pénètre dans la ville historique par l’étroite Porta San Lorenzo. Pierre Rolland est le premier à bondir dans la vieille ville, sautant par-dessus les murailles construites en 1561.

 

 

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Sur les petits galets ronds qui tapissent la rue montant au sommet de la ville, Bob Jungels tentait un coup de force à la manière de Tom Dumoulin. Mais Nibali, qui s’est déjà imposé au Lombardie, le contra juste au sommet.Le public s'exhaltait. Nous aussi.

 

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Il restait une descente ultra rapide à terminer avant la ligne d’arrivée. On ne sait pas si Nibali pourra s’imposer à Milan, mais il est celui qui tente toujours quelque chose. Cet attaquant inné le jure, il donnera toute son âme, et s’il perd, il s’inclinera sans regrets. On arrivait dans la ville basse, et Bob Jungels avec son beau maillot blanc, malgré son précédent effort parvint à imposer sa puissance devant Quintana qui grappillait 6’’ de bonifications et Pinot, encore bien placé. Les plus forts étaient là devant, dans le sillage de Nibali. L’étape avait été belle, spectaculaire. Allez, comme ce très prometteur Jungels sur le podium, on pouvait bien se resservir un dernier petit verre de Prosecco…

 

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