Le Giro vu de mon canapé

24 mai 2017

Seizième étape : Rovetta - Bormio 222 km (Le 23 mai 2017)

NIBALI AUX PROLONGATIONS

 

 

La bande de goudron noir se faufile dans un décor à la blancheur immaculée. Les lacets s’enchaînent, les coureurs ne sont plus que des petites taches de couleur dans la photo noir et blanc. A ces hauteurs, le Giro s’enfonce dans sa légende, les photos argentiques reviennent à la surface comme des madeleines de Proust. Et encore, aujourd'hui le mauvais temps qui sévit parfois à cette époque de l'année est remplacé par une belle journée printanière. On ne saurait retrouver les images épiques de certains Giro.

 

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Quand même, les coureurs qui grimpent les pentes sévères entre deux murs de neige deviennent des héros ressurgis du passé. On a beau être à l’époque du cyclisme régi par les données data, le contrôle de ses watts, de son rythme cardiaque, de sa cadence de pédalage, des ordres donnés par l’oreillette, au-dessus de 2 000 m, quand l’air se raréfie, il ne reste plus qu’une lutte inégale entre l’homme et la montagne. La bataille entre les champions devient un combat entre eux et la pente. Même pour eux, ces machines à rouler, « arriver en haut » reste une performance de choix. La compétition contre les rivaux devient presque secondaire. Il faut d’abord apprivoiser la route qui s’élève inexorablement. Les spectateurs le savent, eux qui pour la plupart sont parvenus jusque là-haut à la force de leurs mollets. On connait la valeur des choses. On sait ce que cela entraîne comme souffrance de relancer derrière chaque lacet, de pédaler face au vent dans des bouts-droits qui paraissent interminables dans ce décor rocailleux, de se lever sur les pédales pour franchir les pourcentages les plus élevés. On ressent dans sa chair chaque mètre gagné sur la montagne. On connait aussi le prix que l’on paye à rouler dans ces fonds de vallée qui paraissent tout plat sur les roadbook. Ces kilomètres de faux plats montants qui usent les organismes avant de débuter les escalades. Ils savent que la descente, avec des lacets serrés et des précipices vertigineux qui semblent vous happer, est un exercice épuisant. Les doigts se crispent sur les freins, le cou se contracte, tout le corps s’ankylose. Les différences de température entre les frimas de la haute-montagne et la moiteur des vallées complètent la difficulté. Alors, quand c’est au tour des professionnels de gravir la même côte, les mêmes routes qu'ils ont parcouru avant eux, les amateurs qui ont déposé leurs vélos sur les murs de neige, comme des trophées, oublient toutes les vicissitudes de ce sport, ils remettent les compteurs à zéro et applaudissent même les adversaires de leurs favoris.

 

 

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Tout le monde avait coché cette journée sur son agenda. Elle devait être dantesque. Plus de 220 km, 5 400 m de dénivelé, deux passages à plus de 2 500 m, le mythique Stelvio à 2 757 m, une fois de plus Cima Coppi du Giro (le point le plus haut de la course), une montée inédite avec l’Umbrail Pass 2 501 m (le versant Suisse du Passo Stelvio) et pour débuter, le Mortirolo, ce col découvert dans les années 90 aux pourcentages effrayants, heureusement gravi aujourd’hui par une face moins ardue. Alors, bien évidemment, c’était la journée clé, surtout pour les poursuivants de Dumoulin bien accroché à son maillot rose. Le tappone tout le monde l'attendait avec impatience. L’affiche était belle, elle avait la gueule d'une finale de football. Et comme souvent, l’enjeu tua le jeu. Les équipes se marquaient, personne n’osant complètement se dévoiler de peur de subir des contres assassins. Comme dans un match de foot, il a fallu attendre les prolongations pour que le match se débride, qu'il devienne fou, qu’il frappe à la porte des matchs de légende, qu’il marque les esprits pour de longues années.

 

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On avait laissé Luis Léon Sanchez de chez Astana rendre hommage au regretté Scarponi en franchissant le Mortirolo (rebaptisé Salita Scarponi à l’occasion) en tête. Il emmenait avec lui un groupe d’une grosse vingtaine de coureurs. Parmi eux, Kruijswijk étant le plus dangereux. On se rappelle qu’il avait le maillot rose sur le dos avec une avance confortable quand il fut poussé à la faute dans la descente du Col Agnel, à trois jours de l’arrivée. Ses rêves en rose se fracassant contre un mur de neige. Nibali s’en allait vers une victoire renversante. Les Movistar occupait parfaitement le terrain avec Amador et Anacona, dont on imaginait qu’il puisse servir de relais à Quintana plus tard. Les Sky, à quatre, avec Landa notamment étaient présent et visaient clairement la victoire d’étape.

 

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En montagne, la course devient plus limpide. Les plus faibles et ceux n’ayant rien à jouer étant relégués dans les grupetti, seuls les coureurs pouvant influencer la course se retrouvent devant. Les magnifiques forêts d’épineux des Alpes sont une scène parfaite pour ces premiers actes. Puis, la vallée de Bormio, où sera jugée l’arrivée après la double face du Stelvio, vient se fracasser contre un mur de roches. La haute-montagne s’érige devant les roues des coureurs comme un monstre à combattre. La course cycliste quand elle bute contre ces pentes à un aspect mythologique. Les héros, pour continuer l’aventure, doivent terrasser un ennemi redoutable. Aujourd’hui c’est le Stelvio.

 

 

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Je devais avoir 15/16 ans la seule et unique fois où je suis passé dans le coin. Nous étions en balade vers les Dolomites en famille. Nous avions campé au bord de la route, près de la série de tunnels au bas du col. Au petit matin, nous avions enfourché nos vélos avec mon père, et nous avions terminé l’ascension. Je me souviens de cette sensation d’euphorie qui m’avait pris dans les derniers hectomètres de la grimpée. J’étais Lucho Herrera et je pensais encore pouvoir un jour me mêler aux coureurs du Giro. Un rêve qui se heurta rapidement à la réalité. 

Que vit-on dans la première montée du Stelvio ? Pas grand-chose en vérité. On comprit très vite que personne n’envisageait une attaque lointaine. Esseulé rapidement par la perte de ses équipiers, Tom Dumoulin donnait quelques signes de nervosité, il repoussa un supporter colombien un peu trop fervent, se tournait souvent pour voir où se situaient ses adversaires immobiles. Par le jeu des alliances de circonstances, nerf de la guerre tactique dans le vélo, les Trek pour le compte de Mollema réglait le rythme du gruppo maglia rosa. Il ne fallait pas laisser Kruijswijk prendre trop d’avance. Les échappées naviguaient à 2 mn, laissant une palanquée de coureurs à quai. Ils se retrouvaient à huit devant. Landa, Amador et le jeune néerlandais faisant figure d’épouvantail. Landa prenait les points du maillot bleu et pasasit le premier à la Cima Coppi. Pour la postérité.
Le Stelvio n’avait pas déclenché de bagarre malgré l’isolement de Dumoulin. Les images de la montagne tout de blanc vêtu étaient saisissantes, la beauté des lieux palliait le manque d’envergure de la course. A deux kilomètres du sommet je m’étonnai de voir Dumoulin enfiler son coupe-vent. Les autres attendaient la bascule, classiquement. Ils étaient à 2 757 m, Landa passa la Cima Coppi en premier, ils voguaient sur l’un des toits de l’Europe, craintifs, concentrés à l’extrême, chacun renfermé dans sa solitude malgré le public et les autres dossards.

 

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Même la descente sur Trafoi ne donna rien, malgré les 48 lacets numérotés. Ce sont les moments où une course peut basculer dans l’irrationnel. Dumoulin isolé, ce sont les autres équipes qui contrôlaient l’avance des hommes de tête. Mais si elles s’arrêtaient ? Movistar n’allait pas courir après Amador, pas très loin au général. Se pouvait-il que le second couteau puisse créer une surprise énorme par le jeu tactique ? Et Kruijswijk pouvait-il renverser le Giro comme lui fut renversé l’an dernier ? On se posait toutes ces questions tout en attendant que quelque chose se passe.

 

 

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Nous étions en Suisse, à l’approche de la dernière montée du tappone. Le groupe roulait à un rythme modéré. Soudain, on vit Tom Dumoulin s’arrêter, jeter son vélo sur le bas-côté herbeux devant un panneau de signalisation. Incident technique ? Non, il ôta son maillot comme piqué par un insecte, puis retira ses bretelles en urgence, plongea dans le creux du talus, et baissa son cuissard. Tom Dumoulin était malade, pris d’une colique.

 

 

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Flottement dans le groupe. On ralentit, on tergiversa. Fallait-il attendre ? Mais devant on roulait toujours. Dumoulin avait bien dû perdre une minute sur le coup puis encore des secondes pour se relancer. Allait-il s’en remettre ? Tout de suite ? Impossible de le savoir. Toujours est-il qu’il se retrouvait carrément seul, en énorme difficulté, Laurens Ten Dam son dernier équipier lui signifia d’une tape dans le dos qu’il fallait maintenant se débrouiller comme une grand. Bonne chance Tom. Les derniers sapins indiquaient à la troupe que bientôt il n’y aurait plus beaucoup de temps pour envisager une action. Tom Dumoulin retrouvait un peu de couleur, les jambes tournaient à nouveau parfaitement, il avait retrouvé un coup de pédale aérien. Ni Nibali, ni Quintana ne voulaient prendre la responsabilité d’éliminer Dumoulin de cette façon. Et comme le sommet se rapprochait, c’est Zakarin qui rompit la trêve.

 

 

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Franco Pellizotti, le dévoué de Nibali força l’allure. Quintana retrouvait Amador, lâché devant par un Landa qui s’envolait seul. Il aida en quelques relais son leader. Mais on ne comprenait pas trop la tactique des Movistar. Alors qu’ils étaient en force à l’avant, que l’on pensait que les équipiers allaient servir de tremplin à Quintana, on ne voyait plus que le Costaricain près du leader au moment où ça allait compter. Pour quelques hectomètres seulement. Erreur de stratégie ou bien simplement un manque de consistance de la part des gregari ? On ne sentait pas Quintana près à dégainer une attaque franche. Drôle de bonhomme. Avec sa bouche fermée quand les autres l’ouvrent bien grand pour emmagasiner de l’air, Quintana ne semble même pas respirer.

Si loin de sa ville de Messine, Vicenzo Nibali appuya juste un peu plus fort sur les pédales. En difficulté sur les montées sèches était en train de démontrer que les grands tours se jouent sur trois semaines. A l'endurance, tout là-haut, au-dessus des 2 000 m, avec des montées interminables et des descentes vertigineuses. L’herbe devenait plus rare, elle pointait tout juste son nez à l’air libre, après des mois sous un épais manteau neigeux. Ce n’est pas uniquement Nibali qui fit des dégâts, mais l’accumulation de toutes ces difficultés depuis le départ de Sardaigne. Qui pouvait le suivre ? Ils étaient trois : Quintana, toujours illisible, le minuscule grimpeur italien Pozzovivo, et l’inusable russe Zakarin. Derrière, Pinot affichait ses limites, et sans un Jungels métronome, il aurait sans doute perdu beaucoup plus aujourd’hui. Dans le pas du luxembourgeois, sans doute l’un des prochains outsiders des courses par étapes, on retrouvait Mollema, Yates et Formolo le jeune italien. Ils allaient tous débourser autour d'1'30"" sur la ligne. Ça se jouait à la pédale, ou plus précisément contre la pente. L’Umbrail est plus dur que le Stelvio, ces 16km à plus de 8% de moyenne situés en toute fin d’étape font la différence. Les quatre se relayant revinrent sur ce qui restait des échappés, incapables de les suivre. Seul Landa leur résista et enfila le maillot bleu en basculant encore une fois en tête. Nibali s’arracha dans les derniers mètres, toute rage dehors, s’arc boutant sur son vélo il faillit décrocher Quintana de sa roue. Le colombien parvint à garder le contact in extrémis. Pour l’instant.

 

 

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Le maillot rose ? On le vit se réhydrater, manger à nouveau un gel énergétique, surtout il ne paniquait pas, il limitait la casse. S’il se déhanchait plus que de coutume sur les dernières rampes, il n’était absolument pas à terre.

 

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Il restait la descente du Stelvio, et c’est le moment que choisit Nibali pour épater son monde. Véritable artiste, maîtrisant parfaitement ses trajectoires, il décrocha Quintana, Pozzovivo et Zakarin comme un équilibriste. Il rattrapa Landa, on le vit carrément sauter par-dessus une flaque d’eau qui dégoulinait sur la route, se faire une petite frayeur quand sa roue arrière chassa dans un virage. Mais il était écrit que c’était son jour. Landa ne pouvait que s’incliner au sprint devant l’italien retrouvé qui empocha les 10'' de bonifications. Enfin une victoire pour le pays hôte. Ce ne pouvait être que lui. Une victoire qui vaut dans une carrière, de celle qui marque une histoire, qui fabrique les épopées. Nibali enflammait une nouvelle fois le Giro et se replaçait au classement. Un classement qui grâce ou à cause de la mésaventure du maillot rose s'ouvrait à nouveau. Quintana est à 31’’, Nibali à 1’12’’ et il faut descendre à la neuvième place pour trouver un coureur à plus de 5’. L'étape réine avait joué son rôle.

 

 

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Quant à Dumoulin, que dire ? Il termina à 2’18’’, effectuant on l’a vu, toute l’ascension et la descente seul, avec ce maillot rose sur le dos qu’il portait comme une croix. Un exploit peut-être moins retentissant que celui d’Oropa, mais qui inscrit nettement le hollandais parmi les durs à cuire, les coureurs qui comptent. S’il fallait une preuve à son talent, elle est toute trouvée. Tout dépendra maintenant de ce qu’annonce ce soudain ennui physique. Est-ce juste passager, auquel cas, sa grande silhouette donnera du fil à retordre aux plus forts, ou alors, c’est plus sérieux et lors des prochaines étapes de montagne, Tom Dumoulin reculera inéluctablement au classement. Mais sans doute, pour lui, l'essentiel est préservé. Il conserve son beau maillot rose même si Nibali lui fera jouer de nouvelles prolongations. 

 

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23 mai 2017

Quinzième étape Valdengo - Bergamo 199km (Le 23 mai 2017)

UN GIRO DI LOMBARDIA

 

 

Entre apéro, barbecue, repas, gâteau et Prosecco, j’ai suivi cette nouvelle étape du coin de l’œil. Il y avait presque toute la famille à la maison pour l’anniversaire de Louna. Il a fallu me battre pour garder la télé allumée alors que les cadeaux arrivaient, ma fille ne voyant pas en quoi cette arrivée du Giro était importante. Autant dire que je n’ai pas été entièrement concentré, même si, nous nous sommes tout de même imposés pour vivre l’arrivée - mon pére, mon frère, mon beau-père et moi. J’adore ces moments partagés devant un évènement sportif, nos commentaires plus ou moins avisés, nos réactions impulsives devant le spectacle. J’ai des tas de souvenirs de ces repas familiaux où le sport s’invite à nos tables. Je me rappelle de ma communion, d’une table pleine, et de la télé allumée qui diffuse la finale de Roland-Garros 1984. Pour nous, des italiens peu portés sur le tennis, ce match de légende était devenu hypnotique. Et par le jeu des tendances politiques, la remontée de Ivan Lendl le tchèque, face à John McEnroe le « riquain », avait été chaudement saluée. Je ne parle même pas des grandes soirées football devant la Nazionale, avec tous les excès que cette équipe nous inspire. Le vélo fait également partie de cette "culture familiale" et cette étape annonçait une belle bagarre.

 

Le final épousait celui du Tour de Lombardie, la belle classique des « feuilles mortes » qui s’achève dans la belle ville de Bergame,  laissant espérer une course de mouvement. Nous avons été servis. Cette quinzième étape s’est transformée en véritable classique, avec son lot de rebondissements : attaques, chutes, contre-attaques, une vitesse ahurissante, les meilleurs à l'avant et un beau vainqueur. Les trois premières heures de course, les athlètes se sont déchainés. Plus de cinquante de moyenne, qui fera dire à Pinot qu’il avait rarement vécu étape si rapide. Il fallait une sacrée persévérance pour s’extirper du peloton, et quand la chose fut faite, même la trêve des besoins naturels avait du mal à être respectée. On vit à l’avant le maillot cyclamen de Gaviria. Le colombien, euphorique, se permis de faire un peu de zèle aux sprints intermédiaires pour gagner quelques points, car ni Greipel, ni Ewan, ne verront Milan. A moins d’un accident, ou d’un jour sans sanctionné d’un hors délai, Gaviria ramènera le maillot chez lui.  Il restait ces deux cols pour terminer l’étape, et l’on guettait un mouvement des favoris.

 

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Dumoulin n’avait plus que deux équipiers devant ses roues, mais personne ne semblait vouloir secouer le cocotier. Mauvaise langue, je pensais que le contre de Pierre Rolland allait une fois de plus être un coup d’épée dans l’eau, mais quand Luis Léon Sanchez lui emboîta le pas, leur action pris de la consistance et il ne leur manqua pas grand-chose pour concrétiser. La course naviguait dans des paysages verdoyants, où l’éclat du printemps était total. Le Miragolo San Salvatore était sublime. Une petite route, des virage amples qui zigzaguent dans des prairies au milieu de maisons fleuries, un arrière plan montagnard, un véritable appel à pédaler. Les bas-côtés de la route se garnissaient d’un public toujours plus nombreux. Les bergamasques sont des passionnés de la petite reine, et en ce dimanche où la course rendait hommage à Felice Gimondi, un enfant de Bergamo, ils étaient au rendez-vous.

 

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La course devenait folle quand dans la descente du Miragolo, Quintana s’étala dans les graviers et vint heurter la glissière de sécurité. Moment de flottement, le colombien se retrouvait seul, à l’avant on comprit vite ce qu’il lui arrivait. D’un signe Dumoulin demanda aux siens, et aux autres, de stopper l’effort. Le débat commença dans les rédactions, mais aussi chez nous. Fallait-il être grand seigneur devant ce fait de course ? L’autre jour, dans les Abruzzes, les Movistar n’ont pas stoppé leur approche du Blockhaus alors que tous les Sky et Adam Yates étaient à terre à cause d’une moto. On peut souligner le geste de Dumoulin, y aura-t-il matière à le regretter ?

 

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A l’avant, Pierre Rolland et Luis Léon Sanchez menaient la danse avec les rescapés du jour Mollard, Deignan et Van Regensburg, moins d’une minute d’avance devant un peloton mené par les Orica Scott de Adam Yates. Les Barhain en embuscade, les Sun Web en retrait, et Quintana de nouveau bien au chaud et invisible dans l’œil du cyclone.
Le Selvino, petit mamelon qui précède une descente sinueuse et technique vers Bergame est avalé dans le même ordre. Le public envahit la route, et les coureurs se frayent un passage en file indienne dans cette marée humaine. Il y avait une ferveur encore jamais ressentie depuis le départ du Giro. Le public devenait acteur et les encouragements fusaient, les spectateurs devenait supporters.

 

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Une certaine frénésie gagnait la course, on sentait bien une grosse nervosité au sein du peloton. Les cinq dévalaient les lacets du Selvino. Le français Elissonde et l’italien Formolo sont allés tâter du muret. Sans trop de dégâts. A quelques kilomètres de Bergame, les échappées n’avaient plus qu’une poignée de secondes d’avance. Peu, mais c’était jouable. Pour Kangert, le Giro se terminait dans les faubourgs de la cité. Il ne put éviter un îlot directionnel et prit de plein fouet un panneau. Soleil et coude cassé.

 

 

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On apercevait alors les tours de la Città Alta. Le Giro basculait dans ce qu’il peut offrir de plus beau, une arrivée baroque, un strappo capable de franchir les 12% et cette image sensationnelle du peloton qui pénètre dans la ville historique par l’étroite Porta San Lorenzo. Pierre Rolland est le premier à bondir dans la vieille ville, sautant par-dessus les murailles construites en 1561.

 

 

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Sur les petits galets ronds qui tapissent la rue montant au sommet de la ville, Bob Jungels tentait un coup de force à la manière de Tom Dumoulin. Mais Nibali, qui s’est déjà imposé au Lombardie, le contra juste au sommet.Le public s'exhaltait. Nous aussi.

 

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Il restait une descente ultra rapide à terminer avant la ligne d’arrivée. On ne sait pas si Nibali pourra s’imposer à Milan, mais il est celui qui tente toujours quelque chose. Cet attaquant inné le jure, il donnera toute son âme, et s’il perd, il s’inclinera sans regrets. On arrivait dans la ville basse, et Bob Jungels avec son beau maillot blanc, malgré son précédent effort parvint à imposer sa puissance devant Quintana qui grappillait 6’’ de bonifications et Pinot, encore bien placé. Les plus forts étaient là devant, dans le sillage de Nibali. L’étape avait été belle, spectaculaire. Allez, comme ce très prometteur Jungels sur le podium, on pouvait bien se resservir un dernier petit verre de Prosecco…

 

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22 mai 2017

Quatorzième étape : Castellania - Santuario di Oropa 131 km (Le 20 mai 2017)

LE MYSTERE DE LA FOI

 

L’étape, reliait Fausto Coppi à Marco Pantani, comme un hommage prononcé à ce cyclisme de campionissimi. Ces héros qui ont par leurs exploits enflammé tout un pays, exacerbant un chauvinisme qui prend racine dans ce sentiment d’infériorité que ressentent parfois les italiens, notamment vis-à-vis de la Grande Sœur Française. Une rivalité fraternelle, dont les querelles prennent naissance dans l’admiration de la cadette pour l’ainée. Ces Coppi, ces Pantani, pour les italiens, même si les conditions historiques sont éloignées, sont des modèles, de ceux qui réussissent et rendent fierté au peuple italien.

Castellania, point de départ de cette courte quatorzième étape, est un minuscule petit bourg où sont nés et enterrés les frères Coppi. On peut même y trouver un musée dédié à cet inégalable champion, avec son mausolée où sont allés se recueillir les coureurs.

 

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Comme Coppi, décédé prématurément à l’âge de 40 ans victime de la Malaria, le dernier campionissimo Marco Pantani est parti bien trop tôt, seul et rongé par la coke dans un hôtel de Rimini sur sa côte chérie de l’Adriatique. Le drame de leurs vies vient également rehausser cette gloire posthume qui envahit le pays. En 1999, Marco Pantani allait signer sur les pentes du sanctuaire d’Oropa l’un de ses plus retentissants exploits de sa carrière. Au fait de sa gloire, ceint du maillot rose, il était victime d’un ennui mécanique au pied de la montée. Au prix d’une extraordinaire remontada, il passa en revue tout le peloton dans son style si caractéristique, mains en bas du guidon et en danseuse. L’époque n’était pas encore aux casques obligatoires, et son crâne chauve, lisse et luisant, dépassait puis laissait sur place un très costaud Laurent Jalabert en Bleu Blanc Rouge.

 

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Six jours plus tard, auréolé de deux nouvelles démonstrations en montagne, Marco Pantani n’est pas autorisé à prendre le départ pour un taux d’hématocrite trop élevé. Nous sommes à Madonna di Campiglio, le pirate est évincé de sa course, les images du héros entouré par les uniformes sombres et les casquettes altières des carabinieri feront le tour du monde.

 

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Après la déflagration du précédent Tour de France autour de l’affaire Festina, le cyclisme plongeait dans la dimension de la suspicion. Le moment où la foi il perdit la foi. Plus jamais les exploits ne seront appréciés à leur juste valeur, justement, parce que plus personne ne reconnait les valeurs de ce sport. Entre le cyclisme et ses passionnés, c’est comme une histoire d’amour où l’infidélité est venue brouiller la confiance. Nous ne pouvons déserter ce spectacle sans pour autant pouvoir lâcher prise dans nos émotions. Madonna di Campiglio, pour moi, c’est le moment où la course est devenue plus importante que les coureurs. Les institutions que sont les grandes courses peuvent survivre à l’absence des héros. La preuve, l'engouement que suscite ce Giro malgré l'absence des ces "héros".

 

Comment qualifier alors cette victoire retentissante de Tom Dumoulin aujourd’hui ? A lire les commentaires sur les réseaux sociaux, l’ombre du dopage continue de faire des ravages. Il faut dire que le maillot rose au-dessus de Biella a frappé très fort. Il a assommé ses adversaires et particulièrement les grimpeurs. 
Avant d’atteindre les premières pentes du sanctuaire, la caravane a traversé les rizières italiennes. Incroyable paysage avec ses étendues d’eau où se reflétaient les milles couleurs des maillots. Comme dans un bon risotto, il faut faire mijoter le peloton sur cette vaste plaine avant de rajouter les ingrédients qui vont parfumer ce plat si typique d’un Giro. Pendant que les fuyards quotidiens s’épuisaient à passer des relais inutiles, on voyait au loin se dresser les Alpes. Les sommets devenaient de plus en plus nets, les pentes se couvraient des neiges tardives. Le tableau signifiait au peloton que les choses sérieuses allaient commencer. A partir de ce jour, les cols vont se succéder, la plaine ne sera plus qu’un lointain souvenir. 

 

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Ils étaient plusieurs à pouvoir rêver de succéder à Pantani à Oropa. L'immense sanctuaire dédiée à une vierge noire attendait patiemment les cyclistes. Posée au-dessus de la plaine, sur un petit plateau alpin, aux pieds des premiers pics, Oropa est le site d'un pèlerinage assez couru.

 

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Le plus à même de rouler dans les traces du pirate était Quintana, surtout dans une course de côte sèche comme celle-ci. Personne ne fut surpris quand il dégaina une accélération pour reprendre le petit Yates et Zakarin, isolé vers l’avant. Il restait trois kilomètres, on était dans les pentes les plus sérieuses de cette côte. Le maillot rose débuta alors un formidable numéro. Pinot était déjà décramponné quand il prit ses responsabilités Au train, confortablement assis sur sa selle, il géra parfaitement son effort pour revenir presque tranquillement dans les roues de Quintana. Le colombien sans montrer la moindre moue de souffrance, ne semblait pas en mesure de faire la différence.
Dumoulin tenta même de le contrer, en vain. Nibali, lui, s’accrocha comme il put, puis, on le vit baisser la tête, le regard vers le bas comme s’il questionnait ses jambes, la réponse arriva vite, il n’avait pas assez de puissance pour suivre le maillot rose.

 

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Le voici déjà à 10’’ en un instant. Pinot naviguait à 30’’. Tom « le magnifique » se permit alors d’appuyer sur les pédales en position de contre la montre. Une véritable machine. Il rappelait le grand Miguel Indurain. Il ne restait qu’un kilomètre pour atteindre le sanctuaire. Landa, Zakarin et Quintana étaient tout heureux de pouvoir suivre le maillot rose déchaîné. Dans les derniers mètres, des petits pavés souhaitaient la bienvenue aux coureurs. Il faut souffrir pour réussir son pèlerinage. Pour Quintana, toujours inexpressif, s’en était trop. Il laissa filer les trois autres. On pensa un cours instant que le nouveau Miguel allait laisser, comme le faisait régulièrement l’immense espagnol, la victoire à un très valeureux Zakarin. Mais l’affable Indurain se transforma en Cannibale à l’approche de la ligne. Et on vit du Merckx dans la façon dont Tom Dumoulin, dont le visage au menton carré n’est pas sans rappeler le meilleur coureur de tous les temps, écrasa sa machine pour empocher la victoire en rose et les 10’’ de bonifications remises au vainqueur. A l’échelon du dessous, Pinot termina très fort, sautant même sur la ligne un Nibali fourbu, en perdition, 43’’ larguées en moins d’un kilomètre.
Quand on pense au gain de 23’’ saisi par Quintana sur le néerlandais l’autre jour sur le Blockhaus après 7km d’effort intense, et ces 14’’ glanées dans ce sprint sur ces pavés finaux, on peut légitimement se demander si ce Giro n’a pas déjà trouvé son maître.

 

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Alors ? Que penser de cette domination ? Ils sont nombreux les suiveurs à hurler au loup. Ceux qui ont perdu la foi se demandent  comment un rouleur de ce type peut battre des poids plumes en montée ?! Il rend tout de même 10kg à Quintana, 5kg à Nibali et Pinot. Et puis il semble si sûr de lui, tellement confiant en ses capacités. C’est vrai, on ne peut pas le nier, ce coup de force réveille les doutes qu’engendre chaque victoire spectaculaire surtout quand le gagnant et de la race des rouleurs ; le public préfère toujours les grimpeurs, histoire de David et Goliath.


Mystère de la foi, je ne peux me laisser submerger par la défiance aveugle, par le rejet en bloc.


Cette étape, courte (131 km) se résumait à un effort violent d’une vingtaine de minutes. C’est un exercice qui ressemble finalement à un contre-la-montre, dont Dumoulin est un véritable spécialiste. La pente qui mène à Oropa lui convient également, un peu plus de 10km, à 7% avec des ruptures de pente et des passages modérés qui favorisent sa puissance. C’est d’ailleurs dans les passages autour de 5% qu’il fera très mal à ses adversaires.

Dumoulin ne sort pas de nulle part. Dès qu’il est apparu sur le circuit, les suiveurs se sont demandés si ce grand échalas pouvait devenir un homme de Grands Tours. Il a d’ailleurs terminé 41ème et 31ème pour ses premières participations au Tour (2013 et 2014). Preuve qu’il n’a jamais fait partie des grupetti. En 2015, sur une Vuelta très montagneuse, il craque les derniers jours, alors qu’il avait le maillot rouge de leader sur le dos, pour finir 6ème. Et quand on termine 5ème   (2014) et 3ème  (2015) du Tour de Suisse, 5ème des Strade Bianche (2016), il ne fait aucun doute qu’on arrive à titiller les grimpeurs sur leur terrain. Cette année, sur la Tireno, Tom Dumoulin n’a rendu que 41’’ à Nairo Quintana sur le Terminillo (6ème au sommet devant Pinot), une montée sans gros pourcentages. Et puis, depuis quand dans le cyclisme, les costauds du contre la montre ne réussissent pas à grimper ? On a souvent vu des coureurs progresser en montagne alors qu’ils étaient dès leur jeunesse des as de l’exercice solitaire. Anquetil, Merckx, Hinault, Indurain ont donné des leçons au chronomètre avant de la donner aux grimpeurs. La comparaison avec ces légendes est prématurée, mais Dumoulin arrive à maturité. Sa progression me semble assez linéaire, constante.

A 26 ans, il tente de savoir s’il peut être un homme de Tour. Il lui reste une énorme semaine, cette fois en haute montagne, avec plusieurs cols par jour pour comprendre où il pourra se situer dans la hiérarchie mondiale. Et avec un maillot rose sur le dos… parfois, cela décuple les forces.

 

 

Le résumé vidéo de la 14e étape du Giro

Tom Dumoulin a réussi un très gros coup, samedi sur les pentes du Mont sacré d'Oropa : après avoir résisté aux offensives de Nairo Quintana, il l'a débordé dans le final pour remporter la 14e étape du Giro. Thibaut Pinot a perdu du temps. Découvrez le résumé de l'étape en vidéo.

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20 mai 2017

Treizième étape : Reggio-Emilia - Tortona 167 km (Le 19 mai 2017)

LE CHEF D'OEUVRE

 

Parfois, dans la carrière d’un artiste, les chefs-d’œuvre arrivent très tôt. Beaucoup de peintres, de musiciens, d’écrivains, ont créé dans leur prime jeunesse une des pièces majeures de leur vie. A l’aune de leur crépuscule, le grand public retient parmi leurs créations, ces pièces exceptionnelles. Le sprint de Fernando Gaviria dans les rues de Tortona, à 22 ans, vient de gagner ses lettres de noblesse dans une liste de victoires qui risque de s’allonger dans les années à venir. Cette victoire, ceux qui l’ont vécue, s’en souviendront longtemps. Parce que pour faire un chef-d’œuvre dans un sprint, il faut des circonstances particulières, Fernando Gaviria, dont la nationalité colombienne l’aurait plutôt prédestiné à mouliner des petits braquets en montagne, s’est retrouvé très mal placé à l’approche de la dernière ligne droite. Pour que le tableau soit magnifique, il faut que chaque détail de la toile soit remarquable.

 

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Alors prenons dans l’ordre ces quelques secondes de grâce, où à presque 70 km/h le temps sembla comme figé par l’événement et l’avènement d’un Campionissimo.  Grillé par un malin Caleb Ewan, collé à la roue du poisson pilote de son rival, l’argentin Richeze, Gaviria à l’entame de cette ligne droite de légende, se retrouva carrément hors champ des caméras, coupé d’un groupe de neuf déjà en lutte pour la victoire. Soudaint, on vit le maillot cyclamen apparaître tout en bas de l’écran. Devant, deux Bora s’écartèrent sur la gauche, boulot accomplit pour Sam Bennet, leur sprinter maison. L’allemand Selig, un autre Bora, joua des épaules avec Richeze qui pensait emmener avec lui son maître colombien. On faillit déjà aller tous à terre.

Selig lâcha l’affaire quand son leader Sam Bennet passa devant. A cet instant Gaviria avait déjà bouché le trou qui l’avait à priori condamné. Richeze sûr de son fait, tourna la tête sur sa gauche, s’attendant à voir son leader dans sa roue. Mais c’était le minuscule australien qui déboula. La place était trop étroite pour caleb Ewan, entre l’argentin et la roue de Selig qui lâchait prise juste devant lui, les épaules se touchèrent, les vélos tanguèrent, Richeze déchaussa, on crut une nouvelle fois à la chute. D’autant plus que ce fou furieux de Gaviria profita de ce moment incroyable pour se faufiler entre son équipier en équilibre précaire et la rambarde de sécurité, dans un véritable trou de souris, coup de folie absolu et génial.

Il restait 50 m à faire, peut-être moins, Sam Bennet avait toujours deux longueurs d’avance sur le maillot cyclamen. On resta alors stupéfait de la remontée - la remontada comme il dit après course - de Gaviria qui paracheva son chef-d’œuvre en ayant encore le temps de bomber le torse sur la ligne d’arrivée. On aurait dit un adulte qui déposait un cadet.

 

Le sprint houleux remporté par Gaviria en vidéo

Sprinter, c'est aussi l'art de trouver la bonne ouverture : bien placé à 200 m de la ligne, Caleb Ewan (Orica - Scott) n'a pas réussi à se créer un espace pour accélérer jusqu'à la ligne. L'Australien a forcé le passage mais il s'est accroché avec Maximiliano Richeze (Quick-Step) et les deux coureurs ont perdu l'équilibre et frôlé la chute.

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Il fallait voir et revoir ces images pour apprécier à sa juste valeur cette pièce de musée. Un peu à la façon de la Gioconda, où certains détails se révèlent difficilement. Il fallait avoir l’œil sur ces deux Bora qui étaient aux premières loges pour voir ce sprint magistral. Il fallait voir ces deux équipiers lever les bras en signe de victoire à dix mètres de la ligne, certains de voir Sam Bennet enfin triompher. Il fallait deviner leur dépit derrière leurs lunettes, leurs poings frappant de rage les guidons quand ils réalisèrent leur erreur, tellement déçus de passer à côté de cette dernière opportunité. Parce qu'à partir de demain, ce sera un Giro ouvert aux montagnards. Mais nul doute que plus tard ils pourront dire à leurs enfants : ce sprint-là,  j’y étais !

 

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Certes, il manque quelques grands noms du sprint mondial sur ce Giro, mais Gaviria rentrait dans l’Histoire du Giro à double titre, non seulement il magnifiait l’exercice du sprint avec cet emballage exceptionnel, mais devenait à l’occasion, le premier colombien avec quatre victoires dans l’épreuve italienne. Si on rajoute le succès de Quintana, ça fait cinq pour les sudaméricains, alors que les padroni di casa restent toujours fanny. Treize zéros pointés de suite. Un record terrible pour tout le cyclisme italien.

 

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Sinon, que s’est-il passé durant les 167 km de cette étape de plaine ? Je pense que vous avez compris. Trois battistrada (littéralement ceux qui battent la route), le slovène Mohoric, ce bon vieux Pavel Brutt que l’on a souvent l’habitude de retrouver échappé, et tiens, grande nouveauté, un gars de chez la Bardiani, aujourd’hui au tour d’Albanese, un italien malgré son nom. Vous connaissez la suite…

 

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La course empruntait des paysages qui me sont tellement familier. A chaque fois que nous descendons à Bedonia, dans notre fief, nous parcourons l’autoroute qui longeait aujourd’hui la plaine de la Padanie, là où le Pô zigzague pour trouver son chemin le menant sur les rives de l’Adriatique. La richesse culturelle de cette plaine est unique au monde. Chaque ville recèle des trésors à la beauté universelle. Mantova, Cremona, Pavia, Brescia, Verona, Padova, Vicenza s’inscrivent sur les panneaux des autoroutes, comme autant de destination à ne pas manquer. Région riche, l'Emilie-Romagne est pourtant une terre historiquement de gauche; fief du parti communiste italien. Dans une grande fresque cinématographique, Bertolucci dans son film "1900" dépeint l'histoire de cette terre d'Emilie-Romagne pendant les années du fascisme. Depardieu et De Niro, grandioses, incarnent deux amis que leur statut social oppose. Né le même jour dans une grande propriété terrienne, le premier est un métayer attaché à l'exploitation, propriété de la famille du second. C'est aussi sur ces terres que se déroulent les péripéties d'une opposition célébrissime, les vicissitudes de Peppone le maire communiste et de Don Camillo, le curé, ont fait rire sur fond de conflit politique, des générations de téléspectateurs.  

 

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Les coursiers, à l’instar de ce que nous faisons chaque fois que nous retournons « chez nous », délaissent ces pépites urbaines pour foncer, nez dans le guidon, le plus vite possible vers leur destination. J’ai un pincement au cœur quand les images nous montrent la traversée de Parma, encore plus quand le Giro traverse le Taro, cette rivière qui a vu grandir lors de nos baignades estivales, déjà trois de nos générations. Bedonia est à moins d’une heure d’ici, blottie dans les contreforts des Apennins, sous les gros cumulus qui assombrissent les sommets sylvestres. J’en profite pour vanter à Cédric, venu me rendre visite, les atouts de ma région, notamment les sites de parapente et la « grosse pompe du Monte Pelpi ».

 

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Le Giro dépasse Fidenza et son Village Outlet, le Disneyland du shopping, étape obligatoire pour nos reines quand nous posons nos valises dans notre campagne chérie. Après Piacenza, une autre ville au charme méconnu, la route contourne I Colli Piacentini et ses vignobles qui s’étagent sur de beaux côteaux. A Tortona, sur les rives du Torrente Scrivia, Gaviria a placé son accélération foudroyante.

C’est dans le coin que commencent le territoire des Langhe, le pays de Fausto et Serse Coppi. Superbe contrée en dehors des routes touristiques, fait de petites routes ondulant entre les collines et les forêts, traversant des villages miniatures avec leurs tours médiévales et leurs châteaux oubliés, longeant des petits vignobles du terroir. Les assiettes se garnissent de produits locaux. Les champignons dont les vénérables truffes et oronges peuvent même, en automne, agrémenter des assiettes de pâtes fraîches. A moins qu’on ne préfère le gibier, abondant dans le coin. Il y a onze ans, pour notre périple Grenoble – Rome en vélo itinérant, nous étions passés avec Sophie et sa sœur Carole, dans cette région négligée par les touristes pressés de filer vers une Italie plus classique. J’avais eu un gros coup de cœur pour ses paysages authentiques. Il y a onze ans, au terme de notre voyage, naissait sous la toile de tente d’une nuit d’été, celle qui a fêté ses onze bougies il y a une semaine. Le temps passent, les paysages restent. 

 

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Le résumé vidéo de la 13e étape du Giro

Le sprinteur colombien Fernando Gaviria a décroché sa quatrième victoire d'étape sur le Giro (sa deuxième de suite), vendredi à Tortona, au terme d'un sprint impressionnant. Découvrez le résumé de l'étape en vidéo. Le Giro 2017 est à suivre en direct sur La Chaîne L'Equipe .

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19 mai 2017

Douzième étape : Forlì - Reggio-Emilia 229 km (Le 18 mai 2017)

UN, DOS, TRES ...

 

Etrange étape aujourd’hui pour la plus longue distance de ce Giro numero cento. Qu’est ce qui a piqué les organisateurs pour nous pondre ce parcours biscornu ? Alors que la logique aurait voulu que l’on remonte de Forlì à Bologne de manière directe, le tracé obliquait vers les collines des Apennins afin de gravir la Colla di Cassaglia (G2PM 2ème cat) puis de renter sur l’autoroute A1 (!) pour une trentaine de kilomètre, d’y franchir un GPM de 3ème catégorie avec tunnels et viaducs. Le tout à plus de 100 km de l’arrivée. A quoi bon corser un début d’étape de la sorte ?

 

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Il y avait quelque chose de surréaliste à voir les coureurs sur les échangeurs de l’autostrada, se faufiler entre les glissières de sécurité, traverser les tunnels, passer sous les portiques du controllo della velocità tutor et pour finir franchir les péages, et sans s’arrêter bien entendu. C’était d’autant plus surréaliste que je regardais tout cela sur mon téléphone. Obligé de faire une infidélité à mon canapé, j’attendais sur un lit d’hôpital à Lyon, ma troisième injection de mon immunothérapie. Comme me disait Sophie, ils ont donc fermé l’autoroute - et pas n’importe laquelle, l’A1 c’est la Napoli - Milano -  et dans les deux sens, pour laisser s’ébrouer le Giro en début d’étape. J’avais lu quelque part que c’était une façon de mettre en valeur le patrimoine du pays, l’autoroute étant un symbole de la reconstruction de l’Italie d’après-guerre.

 

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Et le passage à Modène ne manque pas de le rappeler. La patrie de Enzo Ferrari est plus connue pour ses voitures de luxe, Maserati, Lamborghini, Pagani et bien sûr les chefs d’œuvres du Cavallino Rampante, plutôt que pour ses monuments classés au patrimoine mondial de l’Unesco. Autre détail, c’est ici également que les célèbres figurines Panini ont vu le jour, inondant le monde entier de leur autocollant.

 

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Qui étaient en tête pendant 200 bornes aujourd’hui ? L’italien Marcato, le russe de service de Gazprom Firsanov, et un coureur de la Bardiani en la personne de Maestri. Equipe aussi bizarre que ce tracé. Il ne se passe pas un jour sur ce Giro - et ailleurs puisque c’était la même chose sur le Tour des alpes ou le Romandie – sans qu’un de ses coureurs ne soient aux avant-postes. Mirco Maestri étant d’ailleurs celui ayant le plus de kilomètres d'échapées depuis le début de l’année. Il a dépassé ce jour les 1 500 km nez au vent. Le résultat de cette stratégie de « montrer le maillot » étant faible. Seulement trois victoires dans cette moitié de saison dont deux obtenues par un coureur déclaré positif juste avant le début du Giro. De quoi répandre les doutes au sein des amoureux du vélo.  Maestri résista quand même jusqu’aux portes de Reggio-Emilia. Une autre ville musée dont le centro avec ses ruelles noueuses et ses piazze est un magnifique condensé de l'art urbain italien.

 

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Nous étions avec Sophie sur l'autouroute du côté de Valence, les nuages se déplaçaient sur le Vercors. Sur le minuscule écran de mon téléphone j’aperçevais les équipes commencer leur ballet habituel à l'approche de l'arrivée. Equipier derrière équipier, en file indienne, les leaders du général à l’abri, les favoris du jour accélérant vraiment dans les derniers hectomètres. On a revu l’albanais Zhupa s’essayer courageusement à forcer son destin, mais à deux kilomètres de l’arrivée la tâche était impossible. Les gros rouleurs avec les poissons pilotes exécutaient parfaitement leur boulot. Les fusées étaient lancées.
Est-il devenu imbattable ? Le colombien Gaviria ceint de sa maglia ciclamino (maillot du leader au classement par point) ne laissa aucune espèce de chance à ses concurrents. Un, dos, tres… la Colombie était en fête.

 

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Le résumé de la 12e étape du Tour de France en vidéo

Surréaliste 12e étape du Tour de France : victime d'un accrochage, dans une foule trop compacte, avec une moto et Richie Porte (BMC), Christopher Froome (Sky) a cassé son vélo puis a couru à pied dans le mont Ventoux, ne sauvant finalement son maillot jaune que grâce à une décision des commissaires, une heure après l'arrivée.

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Onzième étape : Firenze (Ponte a Emma) - Bagno di Romagna 161 km (Le 17 mai 2017)

 

 

LES INTRIGUES DU POUVOIR

 

 

Il y avait comme un petit air de Renaissance au départ de Firenze. Dumoulin, beau comme le David de Michel-Ange, s’habillant des apparats d’un Laurent de Médicis, voulait régner sur son peuple. A l’instar de la France qui a élu un jeune et nouveau Président de la République, le Giro s’est blotti dans les bras juvéniles du néerlandais. Oui, mais voilà, les intrigues de Palais, les compromissions dans les coulisses du Pouvoir, les complots formentés par la jalousie des laissés-pour-compte, les inimitiés des dinosaures, ne font pas de l'exercice du Pouvoir un long fleuve tranquille. Cette étape en fut en tout point un formidable exemple. Les désordres qu’engendrent les changements se sont exprimés d'entrée. Dans le Passo della Consuma tout le monde a voulu tester la nouvelle équipe dirigeante. Résultat, une zizanie terrible. Des coureurs étaient éparpillés par petit groupe tout au long de ce col de deuxième catégorie.

 

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Nous pénétrions dans l’Italie verte, dans ces parages né le Tibre, le fleuve sacré qui traverse Rome. Les Apennins sont de vieilles montagnes aux pentes douces recouvertes de forêts. Les vallées se succèdent, les coureurs sautant de col en col, franchissant les lignes de crêtes, longeant parfois de belles rivières encore sauvages. Aux sommets de ces passi, la route se dégage des forêts de fayards, de châtaigniers, de chênes pour gravir des dernières pentes à découvert. On découvre alors un paysage montagnard avec ses sentiers qui épousent les lignes de crêtes, ses sommets aux roches volcaniques coiffés d'une croix ou d'une Madonne. Ces paysages qui me sont tellement familiers, qui sont la copie conforme de ceux d’où je viens. Loin des fastes des villes, la modestie des villages rappelle la dureté de la vie dans ces campagnes. Ils ont le charme suranné des coins perdus, la beauté du temps qui passe inexorablement, et celle du  temps qu'on prend à le laisser filer.

 

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Si les pentes de cette étape appenninica ne seront jamais à la hauteur des pourcentages effrayants des Alpes, il ne faut pas négliger la difficulté du jour. Quatre cols au programme, 161 km sans replat toujours en prise. Il n’y aura pas de grand écart entre les favoris, mais ce genre d’étape pèse dans les jambes, et elle pourrait les creuser dans la dernière semaine, ces derniers jours où la récupération aura autant d’importance que le talent brut.

 

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On se demandait comment les Sun Web du leader allaient répondre aux défis qu’on ne manquerait pas de leur proposer. A en croire cette étape, Tom « Le Magnifique » parait avoir pris la mesure de sa fonction. C’était une partie d’échec où il fallait déplacer ses pions avec prudence pour ne pas tout perdre. Les Movistar de Quintana, en plaçant le très bon Amador à l’avant et en mesure de revêtir le maillot rose avait blindé leur position. Nibali dont l’équipe est limitée, avait envoyé Visconti dans l’échappée. Tant qu’Amador ne prenait pas un avance indécente, inutile de bouger, les Barhain-Merida tentaient la victoire d’étape. Une fois le peloton remis en ordre au pied de la deuxième bosse de la journée, les Sun Web ont géré parfaitement les manœuvres de leurs opposants. Isolé par ce premier coup de feu, Dumoulin récupéra ses équipiers. Ils dictaient le tempo tout au long de la journée, limitant l’écart avec Amador en deçà des 5 mn sans vouloir tout à fait revenir. Ce petit jeu obligea la FDJ de Pinot ou les Trek de Jungels à collaborer. L’intérêt était commun. 

 

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Le Fumaiolo, l’une des routes qu’aimaient emprunter Pantani - dont le fantôme est omniprésent, écrasant de son poids la course actuelle – serait le juge de paix de l’étape. Dans ses pourcentages les plus élevés, Nibali, comme souvent, fut le seul à tenter de renverser le récent pouvoir. Ce fut plus un allungo, comme on dit en Italie, qu’une attaque franche et sèche. Si le groupe des favoris ne lâcha rien, Dumoulin contrôlant sans problème, Quintana se cachant toujours dans les roues, Pinot était le plus propice à accompagner l'italien, il contra même à quelques mètres du sommet. Sans réel espoir de faire la différence dans la descente, il se releva. L’action de Nibali écarta pourtant deux des outsiders de ce Giro. Kruijswijk et Thomas ne seront pas sur le podium à Milan. Ils sont aujourd’hui trop limités pour avoir cette prétention.

 

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En cyclisme on a souvent l’habitude de parler de deux courses en une. Si nous scrutons avec délice les mouvements des coureurs intéressés par la victoire finale, les coureurs qui animent les échappées méritent aussi un regard. Aujourd’hui, Omar Fraile, un espagnol élancé comme un lévrier, a été étincelant. En tête pendant de longs kilomètres avec son compères Landa, Fraile contrairement à lui, prit les roues du gros groupe de poursuivants qui s’était constitué dans la Consuma. Dans le dernier col, Pierre Rolland s’envola suivi seulement de notre espagnol du jour. Rui Costa, dont la pointe de vitesse n’est plus à rappeler, les reprit dans la descente.  Sorti du groupe des poursuivants, Kangert rentra dans les roues au terme d’un exercice impressionnant de poursuiteur. Sous la flamme rouge, il ne restait plus que quelques secondes aux quatre pour préparer leur sprint de Bagno di Romagna. Rentreraient, ne rentreraient pas, le suspense était total. Et Omar Fraile, malgré ses 120 km à prendre le vent, réussit à aligner tout ce beau monde. Un véritable exploit pour ce coureur peur habitué à fréquenter les miss des podiums.

 

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Visconti vint s’écraser dans les roues, classé dans le même temps, mais lui et l’Italie sont toujours bredouille et en train de battre un record négatif. Pas de victoire après onze journée, ce n’est arrivé qu’une seule fois dans l’histoire du Giro, en 2010, où il a fallu attendre la 12ème étape pour voir un italien sur le podium. Le cyclisme italien est sans doute dans l’une des périodes les moins fastes de son histoire. On comprend mieux alors les multiples références à Marco Pantani. Heureusement, le public ne boude pas son Giro. Je suis impressionné par l’accueil que lui réserve les gens. Tous les villages se parent de rose avec des centaines de ballons, des maillots, des drapeaux, des franges de papiers, des vélos qu’on accroche un peu partout. Comme au Tour, on rivalise pour faire des dessins, des messages, des petits mots que nous dévoile l’hélicoptère. Le 100 est à l’honneur et il a remplacé, très souvent le W II GIRO (vive le Giro) qu’on lisait avant. Comme on disait avec mon père, le Giro ressemble vraiment de ce côté-là à des « cyclos » comme l’Ardéchoise. Comme on dit d'une ville, il est de taille humaine. 

 

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Pierre Rolland rate le coche dans la onzième étape

Omar Fraile (Dimension Data) a remporté la onzième étape du Giro. Il devance Rui Costa (UAD) et Pierre Rolland (Cannondale). Le Français s'est glissé dans la bonne échappée mais n'a pu rivaliser au sprint.Un groupe de 25 coureurs s'est retrouvé à l'avant dès la première des quatre montées du jour dans cette étape longue de 161 km.

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17 mai 2017

Dixième étape : Foligno - Montefalco 39km c-l-m (Le 16 mai 2017)

DUMOULIN DANS LE VENT

 

 

Parce que mes cyclistes favoris n’ont jamais été des grands spécialistes de l’épreuve solitaire, le contre-la-montre n’est pas ma tasse de thé. Pourtant, la discipline est un examen de vérité. Pas de corps à corps, de coup de bluff, de suceur de roues, de travail d’équipe, d’alliance, la course contre le chronomètre ne souffre d’aucune excuse. C’est une lutte entre l’homme sa machine et la route. C'est le polus fort qui gagne. Point !

C’est le retour à nos rêves de gosses, quand on enfourchait le vélo après l’étape du Tour, qu’on roulait seul sur les routes autour de chez soi et qu’on se prenait pour les champions de l’écran cathodique. Il n’y avait personne avec nous, que nous et notre vélo, et c’est dans ces instants de fiction que l’on mesurait toute la difficulté de ce sport. Je suis sûr que pour certains, ce furent les seuls coups de pédales de toute leurs vies. Pour d’autres, au contraire, une passion était née.

Il est rare de trouver des grimpeurs qui rivalisent avec des machines à rouler. Dès Anquetil, peut-être le plus élégant de l’histoire du chrono, ces chronomens ont souvent écrasés les Grands Tours grâce à leur supériorité dans cette discipline. Merckx, Hinault, Lemond, Indurain, Ullrich, Armstrong, Wiggins et dans une moindre mesure, Froome, ont bâti leur succès contre-la-montre, tuant souvent tout suspense. Bien entendu, il faut aussi savoir se défendre dans les cols, mais j’ai toujours pensé que la partie était pipée. Un très bon coureur dans l’exercice solitaire fera en quelques kilomètres une différence abyssale par rapport à un pur grimpeur dans une longue étape de montagne.


Même à la télé, cet événement n’est pas le plus spectaculaire. La monotonie des images est seulement brisée par les annonces des temps, d’abord intermédiaires puis finaux. Pour le public sur le bord de la route, par contre, c’est une journée agréable. On voit passer tous les coureurs un par un, le spectacle est garanti par ces drôles d’extra-terrestres dans leurs tenues moulantes, leurs lunettes futuristes, leurs casques profilés et ces vélos extraordinaires qu’ils enfourchent : cadre plongeant, roues lenticulaires ou à bâtons, guidons de triathlète. Le contre-la-montre c’est un peu l’image de modernité d’un sport ancien, un peu vieillot, qui a du mal à attirer la jeunesse dans ses rayons.

 

 

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Pour les anonymes, les sans grades, les Porteurs d’Eau du peloton, le contre-la-montre c’est la possibilité de se mettre quelques minutes en lumière. Ils ne réaliseront pas de performance, ne créeront pas de surprise sportive, les contre-la-montre sont une journée de repos pour ces équipiers qui seront mis à contribution plus tard. Mais ce jour, ces « sans noms », voient leurs patronymes s’afficher sur les lèvres des spectateurs qui scrutent l’ordre des passages, les voitures suiveuses exposent sur des pancartes les inconnus, ceux qu’on ne cite jamais, les Slagter, Golas, Serry, Rota ou autre Pelucchi, qui se cachent dans les contre fonds du peloton ont leurs noms qui s’incrustent sur l’écran de la télévision. Peut-être les quinze secondes de célébrité prophétisées par Andy Wharol.

 

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Le parcours de 39km entre Foligno et Montefalco en Ombrie, était adapté aux gros rouleurs. Les organisateurs avaient bien tenté d’équilibrer les chances en incluant des bosses, mais elles n’étaient pas suffisamment pentues pour laisser une vraie opportunité aux grimpeurs de limiter la casse. L’Ombrie est une région oubliée du tourisme de masse qui envahit la Toscane voisine. Pourtant ses collines douces couvertes de vignes, ses cyprès qui bordent les chemins, ses villes historiques comme les voisines Assisi ou Peruggia, et ses formidables petits bourgs médiévaux dispersés dans le paysage, n’ont rien à envier à sa cousine de douceur. Les vignes du Sagrantino, l'un des plus réputés cépages italiens, servant d'arrière plan aux coureurs.

 

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Le pauvre Nairo Quintana dont le maillot rose était magnifiquement assorti au marbre du Duomo roman de Foligno où était juché le départ, allait se fracasser contre ces collines, étourdi par les premiers kilomètres plat comme la main où il fallait envoyer du braquet, comme écrasé par le vallonnement des petits monts,  peu à l’aise dans les virages - il se fit même une belle frayeur dans l’un d’eux - le cul posé sur le bec de selle il luttait contre sa machine, presque saoulé dans ce pays du Sagrantino.

 

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Comme l’a dit Thibaut Pinot, moulé dans son beau maillot Bleu Blanc Rouge, lui aussi très décevant au regard de ses précédents progrès dans l’exercice, (19ème à 2’42’’) : je n’ai pas fait corps avec mon vélo. Pour le rose colombien, le débours est légèrement plus élevé, 2’53’’, et perte de la tunique rose en sus. Le petit Adam Yates perd 2’39’’ ; Pozzovivo, l’ultime poids plume capable de s’immiscer dans le top 5, la facture s’élève à 3’07’’.
Quand on voit le gain minime relevé sur les pentes du terrible Blockhaus, il y a encore de quoi s’interroger sur l’équité de la guerre entre contre-la-montre et montagne. Nous verrons bien les prochaines journées et surtout la dernière semaine où se concentrent les grandes étapes alpestres. C’est tout l’intérêt de ce Giro, peut-être plus ouvert qu’on ne pouvait le penser.

 

Parce que le grand gagnant du jour était le grand favori de cette étape. Que Tom Dumoulin ait réalisé de bout en bout le meilleur temps, personne ne sera surpris. Que le néerlandais revêtisse la maglia rosa non plus. Par contre, peu aurait parié qu’il pulvérise la concurrence en écartant un renaissant Geraint Thomas, deuxième à 49’’ ; le beau Bob Jungels troisième à 56’’, et plus de 1’40’’ de bénéfice au-delà de la quatrième place. Impressionnant ! Si on ajoute à cela la superbe montée que le nouveau maillot rose a effectué sur le Blockhaus - rappelons-le, l’escalade la plus ardue de ce Giro numéro 100 - la pancarte d'homme à battre semble avoir changé de bonhomme.

J’ai beau avoir une petite dent envers le contre-la-montre, je n’en demeure pas moins très admiratif pour ces campionissimi della crono. Le batave est un exemple pour tous ceux qui veulent progresser dans ce domaine. Sa position est parfaitement aérodynamique, les bras calés sur le guidon de triathlète allongent le dos pour mieux pénétrer dans l’air. Rien ne bouge chez Dumoulin, il n’y a que ses longues jambes qui viennent, comme des pales, actionner la transmission d’une puissance prodigieuse. Tom Dumoulin fait du vent son allié quand les autres semblent le combattre en se déhanchant. Dumoulin a un don, c’est indéniable. Il en a fait aujourd’hui un très bon usage. Il pouvait monter en toute décontraction sur le podium pour recevoir la bise marquée de rouge à lévres des Miss du jour.

 

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Parmi tous les prétendants à la Rosa, Nibali reste le plus énigmatique. Dans cette région viticole, ses supporters taquins tenaient une pancarte où l’on pouvait lire : Pinot Grigio, Nibali Rosa. La Rosa était bien loin, au premier pointage, après les 12km de plats initiaux, Nibali semblait parti pour une journée galère mais il finit très fort dans la partie vallonée du parcours, se jouant avec habilité des derniers virages problématiques. Sixième à l’arrivée, la place est belle, il est le premier des montagnards. Toutefois, il débourse un très lourd 2’07’’ sur le vainqueur du jour, ne gagne « que » 37’’ sur le grimpeur français, et 46’’ sur son ennemi annoncé, Quintana, tous les deux dans une giornata storta. Embêtant ! Le bilan est donc mitigé pour le Requin de Messine, même si cette prestation aurait plutôt tendance à être rassurante sur sa condition physique. Nibali est peut-être celui des favoris qui donne le plus de garanties sur la durée d’une longue course à étapes.

 

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Parce que la troisième semaine est prévue dantesque, la récupération sera sans doute la clé de voûte du succès. Ill ne faudra pas être trop loin de la tête quand on abordera la double montée du Stelvio. Cette Foligno -Montefalco a redistribué les cartes. Dumoulin s’est créé un joli matelas d’avance, mais Quintana, Mollema, Pinot et Nibali se tiennent entre 2’23’’ et 2’47’’ au général. Il faudra voir si les Sun Web de Dumoulin pourront tenir la course si les attaques se multiplient. L’intrigue est loin d’être finie et de nombreuses questions attendent encore leurs réponses. Parmi elles, la plus importante aujourd'hui, est de savoir si Tom Dumoulin parviendra à régir l'accumulation des efforts. Par le passé, il n'a pas donné toutes les assurances, mais ça, c'était avant. 

 

 

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15 mai 2017

Neuvième étape : Montenero di Bisaccia - Blockhaus Della Maiella 149 km (Le 14 mai 2017)

LE NOUVEAU PIRATE

 

Un doigt pointé vers le sol, puis un doigt pointé sur son torse, Nairo Quintana en triomphant, semblait signifier que cette montée, dont on dit qu'elle est la plus difficile du Giro, lui appartenait. Les dernières plaques de neige d’un hiver rigoureux zébraient les abords de la ligne d’arrivée à 1 665 m d’altitude, dans la Montagna della Maiella, un massif âpre et sauvage, premiers contreforts des Abruzze. Le public, beau joueu malgré le recul de son protégé, Vicenzo Nibali, n’hésitait pas à marcher sur ces plaques de neige pour applaudir le nouveau maillot rose au teint buriné des hauteurs colombiennes. Dans ce match annoncé, Quintana 2 – Nibali 0. 

 

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Il ne fallait pas être grand clerc pour deviner le déroulement de cette étape qui prit son envol le long de l’Adriatique, traversant des villages aux ruelles étroites penchées sur des promontoires au-dessus de la mer. Elle devait se résumer à une inévitable course de côte. On vit de façon classique une échappée matinale vouloir anticiper la montée finale avec une petite avance. On y trouvait étrangement un Davide Formolo à découvert. Une erreur tactique pour le jeune italien qui terminera 10ème de l’étape, après avoir été repris avec ses compagnons de jeu par le peloton.

 

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Car pour les favoris, aujourd’hui, il était hors de question de laisser la gagne à des seconds couteaux. Ce sont les Movistar de Quintana qui se mirent à la planche. Chacun retrouvant son rang, comme Izagirre, vainqueur la veille et qui endossait à nouveau son costume d’équipier. Finies les paillettes. Les maillots bleus n’étaient pas là pour plaisanter, et on vit ce même Izagirre tancer un intrus qui avait l’outrecuidance de venir s’intercaler entre les roues du train bleu.

 

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Je ne sais pas exactement quand les « trains » sont apparus dans le cyclisme. Sans doute faut-il regarder du côté des sprinteurs et de Cipollini, qui avait mis au point cette technique pour dominer son monde. Les Us Postal avaient transposé cette technique en montagne de manière à propulser Lance Armstrong vers cettegloire éphémère qui le couvre d’opprobre aujourd’hui. Inutile de rappeler pourquoi. Ce train, dont la musette est bourrée de doutes, qu’a repris à son compte l’équipe Sky et le controversé Chris Froome. Si la vox-populi des pays « historiques » du cyclisme rejette cette approche rationnelle, pragmatique, programmée, des anglo-saxons, on ne peut que constater quand on observe ce sport sous toutes ses coutures - et pas seulement quelques semaines durant l’été – que le « train » est utilisé par toutes les équipes et sur toutes les courses.

 

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Dans la longue approche du Blockhaus de la Maiella, avant d’entamer le pied de la côte proprement dite, le train des Movistar a dispersé le peloton. Mais c’est une moto qui a fait le plus de dégâts, irréversibles ceux-là. Un policier s’est arrêté sur le bas-côté d’une façon totalement inopinée provoquant la chute de plusieurs coureurs. C’était le moment où la course devenait très nerveuse, le train des Sky qui devait protéger ses deux leaders les remontaient vers l’avant, déséquilibré par la moto, un coureur tomba et entraîna un terrible strike dans les rangs des Sky. Les maillots noirs étaient quasiment tous à terre. Geraint Thomas qui nourrissait quelques ambitions termina à plus de 5', Mikel Landa avec le grupetto. Autre victime notoire, le jeune Adam Yates, 4ème du dernier Tour, tentait de revenir dans les roues du peloton des chanceux, il vint mourir à quelques mètres mais ne rentra jamais, débours pour le britannique : 4’39'' et perte du maillot blanc de meilleur jeune. Pour le directeur de course Maurizio Vegni, « la moto s’est arrêtée car elle attendait les attardés pour les couvrir. C’est une erreur d’évaluation, c’est un élément de la fatalité. Mais je ne voudrais pas que cet incident ruine le travail que la polizia effectue depuis des années, en, pensant seulement à la sécurité des coureurs ». Il n’est pas certain que cette explication puisse réconforter les malheureuses victimes.

 

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La route s’enfonçait inexorablement dans cette Italie rurale où les collines vertes et les forêts sombres buttaient contre les aspérités de la montagne. On passait les derniers villages recroquevillés autour de leur église avant d’attaquer la route qui mène au Blockhaus.

 

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En 1967, Merckx montra au petit monde du cyclisme qu’il était capable de suivre les meilleurs grimpeurs et de les battre sur leur propre terrain. Le jour où Merckx est devenu Merckx diront certain. 

 

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Le peloton rétrécissait en même temps que la route sous l’impulsion des équipiers de Quintana et notamment d’un Anacona déchaîné. Avec Ivann et mon père qui m’accompagnent sur mon canapé, on dévore autant de bonbons que de coureurs qui sautent, les uns après les autres. Il fait beau et chaud dehors, la nouvelle de la naissance de mon neveu hier soir me donne le sourire et je bénis une mobilité presque retrouvée. La journée et belle et la course passionante. Il ne m'en faut pas plus pour être bien. Retour à la course où l’élégance du maillot rose disparaissait dans les pentes les plus dures, il s’aplatissait sur sa machine, et bientôt quitta les roues. Sans espoir de sauvegarder ses secondes d’avance, il laissera 3’30''

 

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Ils n’étaient plus qu’une poignée à sept kilomètres du sommet quand le petit colombien et grand favori du jour et de la course, se leva sur les pédales et accéléra. Amador n'eu même pas à effectuer sa part de travail. C’est Nibali qui répondit le premier. Les bras allongés sur le cintre du guidon, en position de contre-la-montre, il reprit la roue du colombien sans effort apparent. Facile. Thibaut Pinot montait sur son porte bagage. On assistait alors au bras de fer attendu entre les deux favoris, arbitré par la fougue maîtrisée du français.

 

 

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Que c’est excitant le vélo quand les masques tombent, et que les cadors du peloton se dévoilent. Que c’est emballant le vélo quand i campioni essaient de devenir des campionissimi. C’est d’autant plus poignant dans ce paysage de moyenne montagne où la route étroite ondule dans les alpages, étroit serpent de bitûme délimité par deux blanches où l’on voit chaque petit groupe de coureurs se débattre face à la pente, les nuages menaçants couvrant les hauts sommets encore enneigés. La montagne est l’essence du cyclisme. C’est son écrin, là où les légendes se sculptent dans la roche millénaire, où la terre tente de rejoindre le ciel.

 

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Quintana écrit son histoire sur les pentes du Blockhaus. Après trois nouvelles attaques comme autant de paragraphes, à chaque fois conclues par un retour de Nibali et Pinot, le quatrième assaut à 4.7 km du sommet sera le bon. A la manière d’un Pantani, dont le fantôme rôde toujours autour de la course, Quintana est capable de répéter des attaques aériennes. Un style bien différent de celui de Nibali. Les fesses posées sur la selle il dut se résoudre à remettre les mains sur le guidon, le sicilien perdait la bataille de l’intox. Cette fois il laissa le colombien gagner mètre après mètre. Pinot, impressionnant d’aisance et gérant sa course avec intelligence, haussa son rythme. Nibali, en perdition ne sut répondre. Au plus fort de la pente qui atteignait par moment les 14%, le colombien dont le visage impassible n’incite pas à l’empathie, creusait l’écart, 30’' d’avance sans sourciller.

 

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Les émotions allaient crescendo quand on aperçut que le maillot blanc et noir de Tom Dumoulin accompagné du Bauke Mollema en rouge, revenir sur le squalo. J'eus alors un espoir qu’ils puissent servir de locomotive à Nibali, mais l’italien ne résista pas non plus à ce retour. Il faut dire que Tom Dumoulin semble avoir atteint sa maturité. Lui, le spécialiste du chrono vient titiller avec aisance les purs grimpeurs. Avec son style posé, sans à-coups, gérant parfaitement son effort, il boucha le trou sur Pinot.

 

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L’autre néerlandais Mollema décrocha à son tour. On pénétrait dans une forêt de hêtres, la pente devenait plus douce, le duo franco-néerlandais limitait la casse, mieux, grignotait quelques secondes sur Quintana qui s'avançait de plus en plus sur le bec de sa selle, en gagnait sur Mollema et surtout NIbali. Surtout, le duo devenait la menace la plus sérieuse pour Quintana étant donné leur supériorité supposée dans les contre-la-montre. Surtout, les pentes du Blockhaus étaient fatales à la plupart des autres prétendants. Les pauvres Gerrans, Yates ou Landa, mais aussi les Kruijswijk, Zakarin, Van Garderen. Le podium se dessinait.

 

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Au sommet de ce Blockhaus, ces casemates érigées dans la nouvelle Italie unifiée pour lutter contre le brigandage, Quintana est allé chercher le prestige d’une victoire d’étape et un maillot rose pour garnir sa malle au trésor. Mais attention, contrairement - et heureusement – à ce que peut faire un Froome sur le Tour, le nouveau pirate n’a pas assommé le Giro. 24’’ sur Pinot et Dumoulin, 41’’ sur Mollema et « seulement » 1’ sur Nibali malgré sa défaillance, le Giro n’est pas terminé, loin de là, il vient en fait tout juste de commencer, les pieds presque dans la neige, la tête dans les nuages et l’espoir pour ceux-là de décrocher la lune.

 

 

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14 mai 2017

Huitième étape : Molfetta - Peschici 189km (Le 13 mai 2017)

UNE PREMIERE VRAIE ETAPE

 

Quand le Giro réunit en une seule étape des paysages à couper le souffle et une course débridée, qu’il saupoudre le tout d’une belle dramaturgie avec ses martyrs et ses bienheureux, il parvient à être à la hauteur de sa renommée. Voilà une étape dont il a été difficile de détourner les yeux, et cela, dès la première heure, parcourue à 55 km/h de moyenne. On a deviné de suite que l’étape n’allait pas manquer de sel, et les formidables salines de Margherita di Savoia servaient de décor somptueux à une énorme partie de manivelle.

 

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Devant, un groupe de 16 bataillait pour maintenir son avance sur un peloton en file indienne, comme suspendu sur un fil de bitume entre deux eaux, d’un côté l’Adriatique, de l’autre le rose (dut aux petites crevettes qui colonisent les bassins) des marais salants incarnant à merveille la corsa alla maglia rosa. On a même vu dans les premiers frimas de la course, mon ami Zhupa tenter de se faire la belle, sans doute qu’il humait l’air de son Albanie natale qu’on pouvait presque apercevoir outre-adriatique.

 

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Devant les roues des coureurs surgissait le promontoire du Gargano, le massif montagneux qu’on appelle l’éperon de l’Italie. Il avance sa carcasse calcaire dans les eaux azur de l’Adriatique. Il est le cadre aride du roman de Laurent Gaudé : Le soleil des Scorta qui dépeint la rugosité de ce coin reculé des Pouilles au XIXème siècle. Le Gargano est aussi un lieu de pèlerinage pour les adorateurs de Padre Pio, dont mon grand-père fait partie. C’est à San Giovanni Rotondo que le Saint Homme vécu. On lui prête des guérisons miraculeuses, un dévouement franciscain auprès des pauvres et des stigmates sujettes à controverse. En 1937, c’est le très pieux Gino Bartali, partisan de la Démocratie Chrétienne, qui franchit en tête pour la première fois le Monte Sant’Angelo, il n’y a pas de hasard.

La dizaine de kilomètre à 6% redistribuait les cartes. L’expérimenté Leon Sanchez s’isola à l’avant suivi de près par Visconti et Conti entre autres, revenus de l’arrière.

 

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La descente était grandiose, bitume refait de frais, les vues sur la côte et la mer étaient aériennes. Sanchez, comprenant qu’il ne pouvait finir seul, se releva pour attendre un groupe où Valerio Conti endossait rapidement un maillot rose virtuel. On allait longer le littoral jusqu’à l’arrivée. Et quel littoral ! Les 80 derniers kilomètres n’étaient qu’une succession ininterrompue de saliscendi bien casse-pattes. Je ne sais pas si les coureurs arrivent à voir le paysage, surtout quand la course est intense comme hier, nerveuse, à l’image de Conti qui gesticule vertement quand le groupe tergiverse, trop effrayé de louper la giornata. Sans doute l’aperçoivent-ils de manière inconsciente, plongé dans un brouillard où se mêlent l’adrénaline de la compétition et le supplice de la douleur quand, au bout d’une descente, ils se trouvent confronté à un mur et que les cuisses se mettent à brûler intensément.

 

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Calé dans le canapé, moi, je me régale. Les pins d’Alep garnissent le promontoire. Les falaises blanches tombent à pic dans des eaux émeraudes. La mer, de ce côté-ci de l’Adriatique a une couleur vraiment spéciale, presque surnaturelle. Ivann qui patiente avant d’accéder à l’écran me dit que la mer a la couleur du ciel, et il n’a pas tort. On arriverait sur quelques plans à les confondre.

 

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Quelques enclaves dans la roche cachent des plages paradisiaques. On aperçoit les trabucchi, d’anciennes machines de pêches. Ce sont des plateformes suspendues au-dessus de la mer d’où les pêcheurs font descendre leurs filets.

 

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Comme des pierres précieuses sur cette couronne naturelle, les villages balnéaires ornent le littoral. Vieste, Peschici où est tracée l’arrivée, étincellent sous le soleil. Les maisons chaulées avec leurs toits plats perchées sur des falaises au-dessus de petits ports ou de plages à taille humaine, laissent deviner les ruelles étroites et les volées d’escaliers qu’ils renferment, comme des trésors secrets. Sans la maladie qui me cloue sur le canapé, je me verrais bien imaginer un voyage hors-saison dans ces Pouilles, joyau de l’Italie que je n’ai pas encore eu le temps de découvrir.

 

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Dans ce stade extraordinaire, les acteurs du Giro, noyés de chaleur, nous ont offert un spectacle à la hauteur. Le terrain étant plus propices aux petits gabarits on retrouvait à l’avant des espagnols, des italiens, un français. Des nationalités plutôt effacées jusqu’à présent. Après un moment de flottement, un coup de poker menteur entre les échappées eux-mêmes et entre l’échappée et les Quick-Step, convoqués pour la défense du maillot rose de Jungels, on retrouvait à l’avant cinq hommes, deux espagnols, deux italiens, et un autrichien qui ne tarda pas à décrocher. Le duel entre Nibali et Quintana se livrait à travers leurs lieutenants respectifs, le sicilien Visconti et le basque Izagirre. Jamais leur avance ne dépassa les 4 mn, et une fois remis de ses émotions, Jungels chuta dans une descente, les coéquipiers du maillot rose se mirent à la planche, et tentèrent de faire tomber les fuyards dans leurs filets. Détricoté de son virtuel maillot rose, Valério Conti se livra entièrement à la victoire d’étape. Il était le plus actif dans ce groupe de quatre, mais tour à tour, Visconti, puis Sanchez suivi par Izagirre et à plusieurs reprises Conti osaient partir seul. En vain.

 

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Malgré un retour supersonique du peloton qui pensait pouvoir jouer la gagne, dans le match Italie-Espagne, la décision allait se prendre dans les rues tortueuses et raides de Peschici. Toute bonne dramaturgie a son héros malheureux. Dans le final de cette pièce haletante, c’est le valeureux Conti, en s’allongeant sur le bitume dans le dernier virage, qui endossa le rôle du maudit.

 

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Izagirre, le plus discret jusqu’ici, sauta sur l’aubaine, et résista au retour de Visconti dans les plus forts pourcentages (12%) de ce Mur de Huy écrasé de soleil.

 

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Peut-on dire que le score est ouvert : Quintana 1 – Nibali 0 ? Pas certain, puisque tous les favoris encore regroupés dans un peloton morcelé se sont neutralisés. Seul Landa (3ème en 2015) a tenté une manœuvre sur ces tobogans de la côte, vite remis à l’ordre. En lisant de plus près le classement de l’étape (6ème  Pinot, 7ème Nibali, 8ème Yates, 9ème Kruijswijk, 10ème Jungle, 11ème Thomas, 12ème Dumoulin etc…) on peut imaginer que les prétendants au triomphe final ont des fourmis dans les jambes, et que l’arrivée sur la rude montée du Blockhaus dans les montagnes des Abruzze nous donnera déjà quelques indications sur les hommes forts de ce mois de mai. Je laisserai le dernier mot à Pinot : c'était une étape très rapide, une première vraie étape.

 

 

 

Le résumé vidéo de la 8e étape du Giro

Le coureur de la Movistar, Gorka Izagirre, l'emporte en haut de la côte finale devant Giovanni Visconti et Luis Leon Sanchez au terme d'une étape très rapide et animée. L'Espagnol a profité de la chute de Valerio Conti dans le dernier kilomètre pour attaquer et créer une cassure suffisante pour lever les bras à Peschici.

https://www.lequipe.fr



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13 mai 2017

Septième étape : Castrovillari - Alberobello 224 km (Le 12 mai 2017)

 

CES DRÔLES DE TRULLI

Que cette étape fut ennuyeuse pour les téléspectateurs. Peu de personnes doivent s’installer sur leur canapé pour suivre ces étapes de transition en intégralité. Il n’y a pas si longtemps, la télévision intervenait seulement dans les derniers kilomètres, juste au moment où l’on préparait l’emballage final, maintenant la prise d’antenne s’effectue juste après le départ pour de longues heures qu'il faut souvent meubler. C’est qu’il doit donc bien y avoir de nombreux amateurs assez fous ou n'ayant rien d'autre à faire pour suivre - et survivre - à ces diffusions. Et quand je pense que pour la première fois, cet été, toutes les étapes du Tour de France seront diffusées dans leur intégralité, je reste très dubitatif. Bonne chance aux commentateurs. Heureusement j'ai assez de comptabilité à terminer pour garnir ces heures creuses. Encore mieux, une visite de mon oncle, ma tante et mes parents, a le double mérite de combler l’ennui de la course, et de me forcer à me lever du canapé pour les accueillir et bavarder avec eux avec un immense plaisir.

Pour être honnête, il n’y avait pas grand-chose à attendre de ce tracé s'amusant à faire des chatouilles à la botte, exactement sous la plante de pied. Un tracé presque plat, plutôt inhabituel sur le Giro. En Italie, avec cette échine dorsale des Apennins qui coure du Nord au Sud, toutes les régions ont leurs montagnes. Les Pouilles, le talon de la botte, est la région la moins montagneuse du pays. De là à imaginer le Giro emprunter pendant de longs, très longs kilomètres, une autoroute, il y avait un grand pas. On a vu le peloton croiser camions et automobiles sur cette route à double sens. Rien à se mettre sous la dent, même l’hélicoptère ne trouvait aucun point d’intérêt.

 

 

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Qu’elle dut être longue pour les fuyards. Parce que, comme tous les jours, des doux rêveurs sont partis dans une aventure vouée à l’échec. Ponzi et Fonzi étaient monté dans ce bateau ivre, et admettons-le, ces noms nous faisaient esquisser un léger sourire, nous ne pouvions les prendre très au sérieux, même accompagnés du russe Kozontchuk. C’est Ponzi qui tomba volontairement à l’eau, se laissant volontairement décrocher. Pas fou le Ponzi, il avait bien compris que le peloton en maîtrisant l’écart autour des 4 mn maximum, ne donnerait aucune possibilité à l’échappée d’arriver à bon port.

 

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Heureusement, pour les coureurs surtout, le parcours quitta ce chemin de croix et pénétra l’intérieur des Pouilles. On vit enfin des rangées d’oliviers noueux, des vignes, des arbres fruitiers, des champs labourés, des forêts de pins, des routes étroites bordées de murets de pierre sèches, on vit enfin la beauté des Pouilles.

 

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Avec un vent proche du sirocco, avec cette température qui avoisinait les 30°, avec la splendeur de ces villages chaulés de blanc qui se nichent sur des promontoires, leurs toits plats et les campaniles à la place des minarets, les coureurs pouvaient se croire au Maghreb.  Entre deux bavardages en famille, la télé nous montrait les splendeurs de cette région. Voilà enfin de quoi éveiller la curiosité. Si l’Italie est le pays qui possède le plus grand nombre de sites classés à l’UNESCO, le parcours que suit le Giro aujourd’hui en frôle certains, comme l’inclassable Matera et ses sassi aux maisons troglodytes ou l’historique château octogonal de Castel del Monte, le plus symbolique des nombreuses forteresses des Hohenstaufen érigées dans la région.

 

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Ce centième Giro compte rendre hommage à son histoire et aussi à ce pays incroyable qu’est l’Italie. L’arrivée de l’étape est fixée à Alberobello, un autre site classé à l’UNESCO grâce à ses drôles de Trulli. Ce sont ces étranges bâtiments de forme circulaire coiffés d’une coupole d’ardoises, entièrement blanchis à la chaux et qui étincellent dans le paysage. Dans toute la Vallée d’Itria, ils sont omniprésents. Tantôt servant d’habitat saisonniers isolés dans les champs, tantôt regroupés en véritables agglomérations comme ici à Alberobello. Ce type d’architecture est véritablement unique. Il date du XVème siècle et semble avoir pris son essor pour contrecarrer une taxe sur l’habitat imposée par le Royaume de Naples, alors dominant. Ces constructions en pierres sèches, sans mortier, facilement « démontable », échappait à l’impôt. C’est donc au cœur de ce site que les organisateurs de la corsa alla maglia rosa ont tracé la ligne blanche. Riche idée.

 

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Le sprint était inévitable et nous nous sommes donc installés devant l’écran pour suivre les derniers soubresauts d’une course jusque-là aussi terne que la brume blanchâtre qui l’avait accompagnée.

 

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Les sprinteurs sont de drôles de personnages. Il faut être un peu inconscient pour se lancer à corps perdu dans un emballage dont on ne sait si l’on en réchappera. Il en faut comme on dit, pour jouer des coudes à 70 km/h, parce que vos collègues, qui sont autant d’ennemis, ne comptent pas vous laisser passer. On dit que les sprinteurs forment une sorte de caste dans le peloton, et pour être adoubé par les plus aguerris, les prétendants doivent impérativement s’imposer avec autorité mais aussi respect et maitrise.

Le finish était mouvementé, plein de virages, de rétrécissements, de ruelles étroites, les « trains » des sprinteurs, dans ces conditions, avaient beaucoup de mal à se mettre en place. L’audace étant une des qualités de la jeunesse, on a vu les futurs cracks de la discipline s’emparer des avant-postes. Il a fallu une photo-finish pour départager ces casse-cous qui nous ont offert un spectacle enfin à la hauteur du décor. Parmi eux, le colombien Gaviria est celui qui me fait la plus forte impression. Quel numéro de funambule ! Il a toutefois dû s’incliner devant la petite fusée australienne, Caleb Ewan, 22 ans au compteur et qui pour sa première participation au Giro a fait mouche. Sam Bennet est le dernier mousquetaires complétant le podium. Il n’y avait que quelques centimètres entre ces trois artistes cascadeurs et la photo finale au milieu des trulli d’Alberobello sera une image marquante du Giro.

 

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Avec son visage juvénile aux traits asiatiques, Caleb Ewan est un coureur unique, un drôle de trullo parmi ses condisciples. Comme eux, il dégage une belle robustesse, malgré sa taille atypique pour un sprinteur. Quand les Gaviria, Greipel ou autre Bennet, avoisinent ou dépassent le mètre quatre-vingt, notre vainqueur du jour émarge à 1m65. 

 

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Tranquillement protégé par sa formation, Jungels a endossé pour le quatrième jour la tunique rose, tandis que les italiens restent fanny après 7 étapes, ce qui arrivent très rarement. Et ça commence à jaser de l’autre côté des Alpes.


Il y a onze ans, jour pour jour, c’était un autre sprinteur australien de petite taille, Robbie Mc Ewen, qui l’emportait du côté de Forli. Il y a onze ans naissait notre fille du côté de Grenoble. Un bonheur éternel. Durant ce mois de mai 2006, Ivan Basso allait écraser le Giro. La sonorité de son prénom allait nous inspirer au moment d’en trouver un pour notre garçon : Ivann, naissait trois ans plus tard.  

 

Posté par Entella à 14:56 - Commentaires [0] - Permalien [#]